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16/01/2013

Les bombes françaises entrent en action au Mali

15890Le Mali connaît depuis un an de graves difficultés intérieures, en contrepoint sans doute des évènements liés au printemps des pays arabes, notamment la Libye limitrophe au Nord du Mali.

Des groupes armés rebelles d’origine diverse , des combattants touaregs du Mouvement national de liberation de l’Azawad ( MNLA) dirigé par Billal ag-Achérif et du groupe islamiste Ansar Dine dirigé par ag-Ghali, des combattants islamistes d’ Al Qaida au Maghreb islamiste ( AQMI) alliés aux  combattants du Mouvement pour l’Unicité et le Djihad en Afrique de l’Ouest ( MUJAO)considérés,eux, comme des terroristes, contrôlent le nord du pays depuis 9 mois . Des villes comme Kidal, Gao et Toubouctou sont désormais séparées du reste du pays divisé en deux moitiés, le Nord et le Sud.


Bamako, la capitale, le président Amadou Toumani Touré ( “ATT” ),qui avait du retirer sa réforme libérale du droit de la famille sous la pression de la population favorable à la charia, est renversé en mars 2012, dans le but avoué de redresser la démocratie et restaurer l’Etat par ’un putsch militaire commandé par le capitaine  ( (pourtant parait-il le pays compte une pléthore de colonels) Amadou Sanogo. La constitution Malienne et les institutions sont suspendues,  puis rétablies des le 1 avril 2012 sous l’égide de la l Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO ) qui impose sa médiation.A la mi avril Dioncouda Traoré , président de l’assemblée nationale est investi président par intérim après la démission de « ATT »

La communauté internationale s’est mobilisée en condamnant tout à la fois la déclaration d’indépendance de l’Azawad (rébellion armée touareg) et les organisations terroristes telles AQMI et MUJAO qui opèrent au nord Mali (rébellion armée islamique) et imposent la charia aux populations tombées sous leur contrôle.  Ella a dénoncé les nombreuses atteintes aux droits de l’homme commises au Nord Mali ainsi que les violences infligées par les rebelles armés aux populations civiles ( femmes,enfants)des territoires occupées  « On en connaît les causes, dira ultérieurement le président F Hollande : ” les pratiques mafieuses, les groupes terroristes, les erreurs qui ont pu marquer la fin de l’intervention en Libye et notamment le manque de contrôle des armes, le trafic de drogue, qui ont corrompu une partie de l’économie malienne… »

Le conseil de sécurité de l’ONU, non sans que la France ait pesé de tout son poids pour l’amener à prendre toutes ses responsabilités pour le Mali, a adopté à l’unanimité deux résolutions

-la résolution 2071 du 12 octobre 2012 adoptée sous le chapitre VII de la charte des Nations Unisenvisageant le déploiement au Mali d’une force militaire internationale sous mandat de l’ONU qui prêterait ainsi  son concours «  aux forces armées maliennes en vue de la reconquête des régions occupées du Nord du Mali. » sous  certaines conditions de préparation confiées notamment aux autorités de transition maliennes , à l’Union Africaine , le CEDEAO, et l’Union Européenne et rapportées pour examen dans un délai de 45 jours.

-la résolution 2085 du 20 décembre 2012 autorisant le déploiement au Mali pour une période d’un an d’une force internationale sous la conduite africaine afin de rétablir la souveraineté malienne sur l’ensemble du territoire ( la MISMA) ce qui n’écarte pas le lancement d’offensives dans le Nord du pays.

Le conseil de sécurité a exigé depuis le début que les groupes rebelles maliens (les rebellions touaregs) rompent tout lien avec les organisations terroristes AQMI et MUJAO.Le MNLA semble avoir pris ses distances , au contraire du groupe Ansar Dine.

La CEDEAO qui avait, dans le cadre de sa médiation , inviter les parties au dialogue, déplorait le 10 janvier 2013 l’offensive éclair déclenchée par les troupes rebelles islamistes  qui s’emparaient de la ville de Konna, prés de Mopti marquant la déroute des forces gouvernementales et la menace pressante d’une avancée vers Bamako.Le même jour, le Conseil de sécurité jugeait que la situation commandait de réagir à la menace terroriste croissante au Mali et c’est dans ce contexte que le chef de l’Etat F Hollande décidait d’une intervention militaire française immédiate en soutien au Mali à la demande d’aide pressante du Président par interim Dioncouda Traoré, appuyée par les pays africains de l’Ouest.

images-2Les avions de l’armée française ont stoppé la progression des groupes armés islamistes et ont bombardé à partir de dimanche leurs positions dans le Nord à Goa et Kidal. Malgré leurs pertes, les jihadistes ont repris lundi l’offensive ,plus vers l’ouest en s’emparant de la localité de  Diabali à 400 kms au Nord de Bamako, tout en menaçant de «  frapper le cœur de la France »Depuis le début des hostilités, à ce jour, on déplore la perte d’un soldat français pilote d’hélicoptère, les pertes en vies humaines seraient beaucoup plus importantes du coté des terroristes.

« Les terroristes doivent savoir, a déclaré le Président de la République, que la France sera toujours là lorsqu’il s’agit non pas de ses intérêts fondamentaux mais des droits d’une population, celle du Mali, qui veut vivre libre et dans la démocratie. »

« La France n’a pas vocation à rester seule au côté du Mali », a souligné Laurent Fabius ministre des affaires etrangéres, se félicitant du soutien international « quasi unanime » dont a bénéficié l’opération militaire française au Mali notamment le soutien des américains pour ce qui concerne les communications et le transport. L’Algérie, dont on connaît la sensibilité à ce propos, initialement réticente à une intervention militaire dans le conflit malien ,  a autorisé la France à survoler son territoire.  pour frapper les groupes islamistes armés lesquels sont rattachés au moins pour partie à l’organisation terroriste l’AQMI, dont il n’est pas inutile de rappeler qu’elle est d’origine algérienne .

Jean Luc Mélenchon qui n’est pas un va-t-en guerre s’est exprimé sur le conflit armé du Mali. Selon lui, il est « discutable de penser que l’intervention armée sera la solution » puisqu’elle ne l’a pas été au cours  des guerres menées en urgence par la France ces 20 dernières années. Mélenchonpose la question: la solution « Est-ce l’Irak détruite aujourd’hui ?  l’Afghanistan dont nous ressortons piteusement ? la Libye à l’origine de la propagation des armes qui ont permis à ces groupes d’intervenir dans le nord du Mali comme nous le savons ? » Il insiste sur la supervision africaine que devait comporter le mandat de l’ONU pour la mise en œuvre de ses résolutions ( 2071 et 2085) à propos de la situation du Mali .

Les Maliens et les pays Africains voisins n’ont pas pu répondre à l’urgence militaire commandée par un regroupement et une offensive des groupes armés islamistes du Nord au delà d’une zone de démarcation qui leur était de facto imposée par les premières injonctions du conseil de sécurité de l’ONU. La main tendue de la France  et son intervention au Mali, aussi salutaire soit-elle pour l’opinion internationale, ne peut cependant se départir d’une charge symbolique forte en lien avec son passé colonial, ni occulter  cette logique de chasse gardée qu’on lui prête vis à vis de ses anciennes colonies africaines , une logique de réseaux qu’il est convenu d’appeler la Françafrique , une logique que F Hollande veut rompre précisément . “Le temps de la Françafrique est révolu “ disait-il lors de son discours de Dakar le 12 octobre 2012 ( qu’il faut relire) et des paroles d’amitié lancées à l’adresse non seulement du Sénégal, premier pays visité après son élection, mais aussi en direction de l’Afrique toute entière , “ce grand continent qui va devenir aujourd’hui un grand continent émergent”. Un grand continent certes, dont les ressources naturelles attisent les convoitises, mais aussi  des sociétés pauvres traversées par une islamisation rampante et une religiosité exacerbée dont il serait imprudent de méconnaitre les causes et les effets. C’est le cas du Mali.

L’argent étant le nerf de la guerre, reste à savoir quel « temps nécessaire » est utile à l’intervention de la France dans le cadre de la recherche onusienne et européenne visant  la stabilité et la paix dans cette région du monde qui comprend le Mali et l’ensemble du Sahel. Plus qu’un pari militaire le Mali est un pari économique qui va requérir une transparence absolue à défaut de laquelle le masque de la prédation risque de coller, à tort ou à raison , au visage de la France. Après la Libye, la Cote d’Ivoire et maintenant le Mali , les devoirs de la France augmentent.

C.N.

14:56 | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Commentaires

L'argent :

De la guerre, et des entreprises internationales investies dans les ressources naturelles des pays voisins.

Tacitement, le monde est toujours partagé entre les anciens colons.

Je compare un peu cette intervention comme celle de la France en 1830 en Algérie : un roitelet avait besoin de montrer qu'il était puissant face aux anglais, russes, autrichiens...

Cà change, et c'est toujours pareil.

Écrit par : Borg André | 17/01/2013

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