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12/10/2012

La loi d’orientation scolaire : pour une école du peuple

Par FRANÇOIS COCQ secrétaire national à l'Education du Parti de gauche, FRANCIS DASPE Secrétaire général de l’Association pour la gauche républicaine et sociale (Prométhée)

Après la casse méthodique de notre école républicaine par le gouvernement précédent, toute annonce progressive en matière d’éducation redonne sourire et espoir. Cela nous ferait presque oublier les budgets d’austérité que le président de la République et le gouvernement s’apprêtent à faire tomber sur tous nos concitoyens pour répondre aux exigences qu’eux-mêmes se sont fixés de 30 milliards «d’économies» afin de se présenter comme les enfants sages de l’Europe et les gestionnaires appliqués des préconisations des financiers.


Ce serait oublier aussi un peu vite que l’école n’est pas une entreprise qui peut se gérer avec un peu plus de ceci (d’enseignants), un peu moins de cela (de vacances). Le système scolaire souffre de manque d’envergure et de réflexion globale : «Quelle école souhaitons-nous pour le XXIe siècle ?»

Quelles missions lui fixe la Nation pour répondre aux exigences de notre période ? Cette question entraîne de fait les socialistes dans une impasse. Elle les oblige à avouer que le projet de société qu’ils portent est celui de la continuité et de la gestion de la société capitaliste.

Derrière le vernis, on retrouve une logique que nous ne connaissons que trop : la refondation de l’école proposée par le ministre de l’Education, Vincent Peillon, s’appuie ainsi sur la généralisation du socle commun, validant de la sorte une dérive minimaliste et utilitariste des savoirs.

Le livret de compétences et l’évaluation par compétences qui l’ont promue au cours des années passées ne sont pas prêts de disparaître.

La faute tient à un contresens originel pourtant toujours pierre angulaire des libéraux de tous poils : le concept de l’égalité des chances. Celle-ci est devenue le soubassement du triomphe de la doxa libérale dans le champ de l’école, effaçant peu à peu le postulat existant chez les progressistes et humanistes de l’universalité de l’éducabilité. Elle consacre le renoncement à œuvrer à la recherche de l’égalité réelle, non sans se donner bonne conscience en se targuant de la réussite de quelques-uns pour mieux s’exonérer de l’échec d’un plus grand nombre au motif qu’ils n’auraient pas été suffisamment méritants. Elle consacre l’idée si chère aux libéraux du chacun pour soi et de la responsabilité individuelle, niant la force du collectif et de l’universalité des droits rendant la société dans sa totalité responsable du devenir de tous ses citoyens.

Rien n’atteste mieux de ce reniement que la proposition de la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, qui, le 19 septembre, voulait mettre en place des frais d’inscription en classes préparatoires. Sans juger sur le fond du bien-fondé des classes préparatoires, il s’agit ni plus ni moins que d’entériner et généraliser les frais d’inscription existants déjà à l’université. Les socialistes assument par ce biais leur social-libéralisme, non seulement en enracinant l’idée que, dans une logique purement individualiste, chacun doit souscrire à un «investissement éducatif», mais aussi en faisant entrer le ver de l’autofinancement dans les établissements du second degré qui accueillent lesdites classes préparatoires.

La rédaction de la nouvelle loi d’orientation scolaire devrait être un grand rendez-vous permettant au pays tout entier de se saisir de ces questions, afin que le peuple s’approprie le destin de son pays. Le choix d’une loi élaborée subrepticement, confiée aux mains des sempiternels «experts», avec des débats territoriaux bâclés, nous démontre hélas le manque d’ambition.

Nous proposerions volontiers au gouvernement une autre méthode, démocratique, basée sur la réflexion et l’apport de tous, sur une collecte de feuillets législatifs, produits du débat et de la confrontation, issus d’assemblées citoyennes, permettant ensuite aux parlementaires de s’appuyer sur des cahiers revendicatifs venant du peuple. Une méthode aussi où chaque parti, association, syndicat, citoyen apporte sa contribution.

Celle que nous apportons aujourd’hui au titre du Parti de gauche, et que nous proposons au débat se trouve dans le livre l’Ecole du peuple. Pour l’égalité et l’émancipation (1). Cela constitue notre contribution à l’ambition scolaire, reposant sur les missions que nous confions à l’école, résumées par le triptyque «Eduquer - Qualifier - Emanciper». Elle inscrit l’école dans le projet global et cohérent que nous avons porté lors de la présidentielle avec Jean-Luc Mélenchon, celui d’une société nouvelle, rompant avec les logiques d’accumulation, de profit, de concurrence.

Notre pays va au-devant de grands défis économiques et écologiques qui ne pourront être relevés qu’avec une population hautement qualifiée pour réussir la bifurcation économique nécessaire pour changer le mode de production.

Dans le même temps, la reconquête de la souveraineté populaire demande un peuple hautement éduqué et émancipé. La période demande mieux que des pansements et des lois a minima. L’heure est à l’école du peuple.

(1) Aux éditions Bruno Leprince, 2012.

 

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09:57 Publié dans EDUCATION NATIONALE | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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