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08/10/2012

Un dimanche de Septembre à Paris ou comment de « populaire » à la Bastille je suis devenu « d’appareil » Place d’Italie :

Ce dimanche matin 30 septembre 2012, nous nous sommes levés à 6h30, soit une demi heure plus tard qu’en semaine pour prendre le TGV à Avignon Gare Centre à 8h57. Nous avions prévu avec nos copines Claudine et Monique de rejoindre Avignon TGV (car c’est là que revenait notre train du soir) pour y laisser une voiture avant de rejoindre Avignon Centre. Il n’y a pas de navette après 22h et celle du matin, nous paraissait trop juste. Nous avions peur de manquer notre TGV. Comme tout provincial pas habitué  à se rendre à la Capitale, nous avons toujours peur de manquer les trains.


Nous étions quelques-uns sur le quai de la gare, habillés de rouge et avec les drapeaux enroulés.

Nos billets ne nous avaient pas coûté la même chose. Il y avait trois prix selon la date à laquelle nous  les avions pris. Cela allait de 150 à75 Euros en passant par 98€. Le système boursier est arrivé jusque dans la SNCF. Ce système est scandaleux, il pousse au comportement individualiste, chacun pour sa pomme : c’est moi le plus débrouillard, j’ai eu le billet le moins cher, et toi tu n’es qu’un imbécile parce que tu paies une partie du mien.

 

Notre train s’arrêtait à Orange, Montélimar, Valence avant de filer sur Paris. Nous avons eu l’occasion de voir monter d’autres voyageurs habillés de rouge mais aussi des voyageurs avec de grosses valises et même avec poussette ou landau.

On veut que les gens prennent moins la voiture et plus le train ? Mais pour prendre le train, quand on est chargé, il ne faut vraiment pas pouvoir faire autrement. Il n’y a même pas assez de place pour les gros bagages d’à peine un tiers des voyageurs, alors vous imaginez ce que cela doit être pendant les périodes de vacances.

Une famille, les 2 parents, 3 enfants, un de six ans, le deuxième de trois ans et le troisième dans le landau avec les valises. L’exigüité à l’entrée de wagon ; essayer de tout faire rentrer ; avec les autres voyageurs qui bougonnent quand ils ne poussent pas. Ceux qui veulent sortir et ceux qui veulent rentrer. L’angoisse. Et je ne vous parle même pas de la descente du train à l’arrivée.

Ah, on prend des designers pour faire la décoration des trains, mais qui réfléchit à faciliter la vie des voyageurs ? Ces trains là sont faits pour ceux qui se déplacent professionnellement, ou en individus libres et légers. Un signe de plus de notre société individualiste.

 

Il y a vraiment des choses à changer. Et qui les fera changer, si ce n’est nous tous. Il faut vraiment qu’advienne la révolution citoyenne. Celle qui fera que chacun recherchera l’intérêt général avant son propre intérêt particulier.

 

Le voyage a été gris et même parfois pluvieux. Les gouttes d’eau faisaient la course sur la vitre. En montant vers le Nord, les arbres étaient plus verts que par chez nous. Le soleil est apparu quelques kilomètres avant d’arriver à Paris.

 

12h28, Gare de Lyon, tout le monde descend. C’est la course, le rythme parisien, déjà ? Nous déplions les drapeaux. Des camarades nous demandent si nous savons où se trouve la place de la Nation. Il y en a donc qui montent manifester contre le traité austéritaire et qui n’étaient pas là le 18 mars. Nous savons où nous allons. Nous étions présents à cette grande fête populaire qui avait teinté de rouge la place de la Bastille et que nous voulions pour obliger les médias à reconnaître qu’il y avait cette autre France, celle des partageux. Cette fête populaire que nous voulions pour que d’autres Français sachent qu’il existait des concitoyens qui défendaient une autre vision de la vie que celle de la finance. Cette fête populaire qui a été occultée dès le lendemain par un homme, perdu pour les siens, qui n’a pas hésité à s’en prendre même à des enfants.

 

Nous arrivons un peu avant 13h, place de la Nation. Nous y retrouvons nos Camarades du Comité PG UPGVR (Marie-Pierre, son maire Jacques… pas du PG, mais il pourrait…, Nicolas avec son bonnet phrygien), montés plus tôt.

-          Salut…

-          Ca va ?

-          Ouais…

-          Pas beaucoup de monde, hein ?...

-          A cette heure là, on était bien plus nombreux, le 18 mars…

-          Ca fait ch… .

Je les entends déjà, les biens pensants de l’Europe à n’importe quel prix.

 

Delphine Beauvois, que nous avons connue au remue-méninge, nous dit qu’il manque des drapeaux PG du côté des féministes, nous y allons donc. Nous sommes au début du cortège, Boulevard Diderot. Mais c’est qui… là… sur le trottoir…qui discute ? C’est Besancenot. Un de plus qui n’était pas là le 18 mars.

Petit à petit, le monde arrive, nous sommes plus serrés. Ce qui est phénoménal dans ces manifs, c’est que contrairement aux autres endroits où il y a foule, les gens font assaut d’amabilités, même quand ils se bousculent.

Julie arrive avec, à la main, deux sacs plastiques contenant livres et vêtements. Elle doit venir habiter sur Avignon deuxième quinzaine d’octobre d’après ce que m’a dit Monique. Elle ne peut descendre en voiture ses affaires, alors Monique lui a proposé qu’on lui en transporte une partie au retour. Nous avons nos sacs à dos. On ne va pas laisser Julie faire toute la manif avec ses deux sacs plastiques aux mains. Les doigts vont lui en tomber ! Allez, Julie… Fais voir tes sacs, on va les vider.

Les vêtements pour Monique et les livres pour ma pomme. Eh… mais Julie ! C’est la Julie de Grenoble. Celle que des journalistes ont suivi pendant toute une journée aux Estivales ! On avait passé une bonne partie de l’après midi à leur dire « elle est où Julie ? » quand on les croisait.

 

Devant, à 50 m, on voit des appareils photos, des caméras se lever ; on entend des « Résistance ! Résistance ! Résistance ! »

Quelques minutes et le cortège s’ébranle. Il y a des drapeaux de toutes les couleurs, soixante organisations qui appelaient à manifester, cela fait quelques étendards.

Nicolas avec son bonnet phrygien fait fureur, Ils sont nombreux à vouloir le prendre en photo.

Nous essayons des slogans et la façon de les crier :

« RE----FE----REN----DUM…… RE----FE----REN----DUM…… RE----FE----REN----DUM……

RE---FE---REN---DUM…… RE---FE---REN---DUM…… RE---FE---REN---DUM……

RE--FE--REN--DUM…… RE--FE--REN--DUM…… RE--FE--REN--DUM……

RE-FE-REN-DUM…… RE-FE-REN-DUM…… RE-FE-REN-DUM……

REFERENDUM…… REFERENDUM…… REFERENDUM…… »

Ou bien :

« Hier… la Grèce…… Portugal, Espagne…… Demain… c’est nous !!! »

Nous arrivons sur la Seine, Pont d’Austerlitz. Des gens nous ont dépassés? Il ne nous a pas semblé. Et pourtant devant nous, la tête du cortège doit bien être à 500 m. C’est que des gens se sont joints au cortège.

Nous nous arrêtons sur le pont pour attendre nos camarades de la Région Languedoc. Dans le cortège, ils étaient juste après les femmes et les ouvriers en lutte. Mais ils n’en finissent pas d’arriver. Ca y est, les voilà…On les a bien attendu un quart d’heure. Nous nous remettons en marche :

« Hier… la Grèce…… Portugal, Espagne…… Demain… c’est nous !!!

Hier… la Grèce…… Portugal, Espagne…… Demain… c’est nous !!!

Hier… la Grèce…… Portugal, Espagne…… Demain… c’est nous !!!

Hier… la Grèce…… Portugal, Espagne…… Demain… c’est nous !!! »

Ca monte, vers la place d’Italie. Quelle vue ! cette colonne de drapeaux.

Combien de kilomètres entre la Seine et la place d’Italie ? Autant qu’entre la place de la Nation et la Seine, si je me souviens bien, quand j’ai regardé le plan à la maison. Deux fois plus long aujourd’hui que quand nous avons fait « Nation/Bastille » le 18 mars.  Quand on est vers ce qui nous semble être le milieu de l’avenue, on en voit autant vers le bas que vers le haut. Tiens… des drapeaux d’Europe Ecologie. Ils ne sont pas nombreux, d’accord, mais il y en a. Logique puisque leur parti s’est prononcé contre le traité. Mais leur parti n’a pas appelé à manifester, solidarité gouvernementale oblige ! C’est bien, l’indépendance d’esprit. Ca me plait.

 

Nous arrivons place d’Italie. Aucune intervention n’est prévue. Si un parlait, il aurait fallut que soixante parlent. Pas possible. Nous… nous pensions que nous nous grouperions sur la place comme le 18 Mars… Mais non… Arrivés là,  alors que nous faisons le tour pour laisser de l’espace à nos suivants, ces derniers s’égaillent vers toutes les rues adjacentes. Nous attendons là pendant une demi-heure. Et nous devons bien nous rendre à l’évidence. Il ne sert à rien de rester. Ca finit en eau de boudin cette manif. Ils auraient au moins pu prévoir un podium et un concert.

Combien on était ?… Nous ne pourrons pas le savoir ! Alors que faire… on ne va quand même pas partir comme ça !... Et quand on se pose cette question… la réponse, vous la connaissez tous : on va boire un coup ! La place d’Italie donne sur l’avenue de Gobelins. Nous voila donc 16 gardois descendants l’avenue jusqu’au café des Gobelins. Qui a eu cette idée ? Ils étaient 2 : un souvenir de Jeunesse, peut être ?

 

Au milieu de l’avenue, coup de téléphone de Monique que nous avions perdue de vue.

Elle avait remonté le cortège jusqu’en haut du boulevard Diderot. La fin du cortège se mettait juste en route. Il était 16h45, soit 3 heures après le départ de la manif alors que cela faisait 45 minutes au moins que nous étions, nous, arrivés place d’Italie, et, que nous nous étions arrêtés un bon quart d’heure sur le pont d’Austerlitz.

 

Arrivés au bas de l’avenue, nous avons pris place dans le café pour boire notre coup, avec nos badges, nos autocollants, nos drapeaux. Nous n’étions pas même trop bruyants, nous n’avons rien cassé et nous avons aussi réglé nos consommations. Je dis ça pour ceux (les bars) qui ferment leurs portes, à Paris, à Marseille ou ailleurs quand ils nous voient arriver.

 

Les Nîmois et les Viganais avaient leur train de retour vers 19h00. Nous à 21h07. Nous nous sommes donc séparés. Eux, retour vers la gare de Lyon. Nous, avec Claudine vers la place d’Italie pour rejoindre Monique. Nous nous sommes remis en marche. Marche ! Camarade… Marche !

 

Monique, originaire de la région parisienne, connait plein de monde et c’est une vraie pipelette. On l’a donc attendue un certain temps après l’avoir retrouvée. Le temps de voir arriver la fin du cortège, suivi des nettoyeurs et des policiers qui rouvraient la circulation.  

 

Nous sommes redescendus en direction du pont d’Austerlitz. Et là, à un croisement, nous avons pu assister à une démonstration de force des « Ninjas » de nos chères Compagnies Républicaines de Sécurité. Je ne vous ai pas dit qu’ils étaient présents, dans les rues adjacentes à la place d’Italie, avec leurs carapaces et leurs boucliers. Carapaces, cela doit être pour ça que « Ninjas » m’est venu à l’esprit. Comme les tortues. Mais eux ne portent pas le masque de Zorro. Ils sont en uniforme, comme le  sergent Garcia, mais en moins sympathique. Donc… Il y avait des camarades assis en groupe sur un trottoir devant un siège de la CGT. Après la manifestation.

Ou bien les chefs CRS pensaient que cela faisait désordre, ou bien, ils se sont dit qu’il fallait permettre à leurs troupes de se défouler un peu. Ils avaient passé leur après midi dans les fourgons, harnachés avec leurs protections, à attendre.  Un peu d’exercice ne pouvait pas leur faire de mal et ils auraient ainsi l’impression de ne pas avoir complètement perdu leur temps. Comme nos camarades renâclaient à se lever (« Ils ne faisaient rien de mal »), les « ninjas » se sont mis en ligne sur la largeur du trottoir et sur au moins quatre rangs. Devant cette démonstration de force, nos camarades ont fini par se lever et partir. Quel était réellement le but ? Créer des échauffourées ? Pouvoir dire qu’il y avait eu de la violence de la part de manifestants contre le traité de l’austérité ? Mais dites-moi, j’avais cru comprendre que Mr Sarkozy n’était plus ni ministre de l’intérieur, ni Président de la République.

 

En attendant l’heure du train, nous avons mangé dans un restaurant indien. Puis nous avons rejoint la Gare de Lyon, toujours marchant. La nuit était tombée. Nous sommes repassés par le pont d’Austerlitz. Sur le trottoir d’une largeur de trois mètres, dans le virage,  il y avait une cabane en carton, vers la chaussée, à un mètre des voitures à peine qui circulaient. Dans la cabane, un homme commençait sa nuit. En province, dans nos villages, la misère est moins voyante. On ne voit pas de gens dormir dans la rue, et, derrière les portes, on ne voit pas l’état des habitations. Les gens ont leur pudeur et  cachent leurs difficultés. Nous savons qu’il y a de plus en plus de pauvres, que le chômage ne rend pas les gens heureux. Nous nous engageons, nous voulons faire changer notre société, la délivrer des mains des profiteurs qui n’ont aucune retenue. Mais là, confrontés à un homme dans la rue, on à le ventre et le cerveau qui se nouent. Nous passons à côté et nous ne faisons rien. Qu’est ce qui nous sépare de ces centaines d’autres personnes qui passent indifférentes ?

 

Nous avons pris le train et nous sommes rentrés. Arrivés à Avignon un peu avant minuit, à la maison et couché avant une heure, dans un lit, sous un toit. Avec un peu de mal à s’endormir malgré la fatigue.

 

Le lendemain matin, levé, voiture, boulot (quelle chance d’en avoir un). A la radio, sur France Inter, j’entends le chroniqueur politique du matin dire que la manifestation de ce dimanche 30 septembre qui a vu 80 000 manifestants dans Paris n’était pas une manifestation populaire mais une manifestation d’appareil. Voilà comment, moi, qui ai voté pour le TCE en 2005 (parce que j’avais assimilé les « nonistes » à des anti-européens) ; moi, qui n’étais pas engagé politiquement il y a un an (après avoir été à l’affut du mouvement qui changerait les choses et avoir espéré dans Europe Ecologie) ; Voilà, comment, de populaire et festif le 18 mars à la Bastille, je suis devenu un manifestant répondant à l’appel d’un appareil politique place d’Italie : Un apparatchik sans indépendance d’esprit. Le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance, vous connaissez ? Personnellement, je n’ai plus besoin d’aller chercher pour mettre les mots sur TSCG. Bourrage de crâne ?

 

Luc Rousselot

20:10 Publié dans MANIFESTATION | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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