Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

20/09/2012

Contribution pour un référendum contre l'austérité

Le Front de Gauche vient de lancer une mobilisation générale contre le traité européen de discipline budgétaire dit traité « Merkozy » en réclamant de soumettre le traité à référendum.

Officiellement ce traité est désigné sous le sigle TSCG qui signifie “Traité sur la Stabilité, la Coordination, et la Gouvernance”, un traité d’inspiration germanique que le Président Hollande s’apprête à faire ratifier, tel quel, par le Parlement français, après que le Conseil constitutionnel ait décidé qu’il était compatible avec la Constitution. Aucune renégociation du Traité. Un pacte de croissance a été obtenu « in extrémis » par le Président PS nouvellement élu, qui se résume à l’utilisation de fonds européens inutilisés, une “pichinette” d’une centaine de milliards d’euros reconvertie pour la circonstance en relance économique qui n’en est pas une compte tenu du grave ralentissement de l’économie en Europe, mais pas en Allemagne, au moins pour le moment.

Parallèlement le système européen bancaire s’organise en créant un fonds de secours européen le MES (le Mécanisme européen de stabilité qui pérennise le FESF, le Fonds européen de stabilité financière créé en 2010 pour sauver les banques au bord de la faillite à cause de la crise financière importée des Etats Unis) et une union bancaire plus étroite sous la surveillance de la Banque Centrale Européenne, (union actuellement orchestrée par le commissaire européen Michel Barnier). L’objectif est de parer aux crises bancaires à l’intérieur de la zone euro.


Avec l’adoption du TSCG les instances européennes proposent un instrument juridique supranational en réponse à la crise de la zone euro. Il s’agit de contraindre les Etats à se soumettre à plus de rigueur budgétaire et à engager, sous la pression du marché financier, une réduction de la dette souveraine (endettement public) qui creuse les écarts entre les différents Etats membres, devenus objets de spéculation sur leur capacité de remboursement. Le défaut d’un pays  porterait un coup à la crédibilité de l’Union européenne et de sa zone euro, fer de lance de son moteur économique. ( )

La crise de la zone euro oblige à un questionnement sur les fondamentaux de la construction européenne sur laquelle il convient de revenir par une analyse de ses choix d’intégration à partir de la monnaie unique et de sa capacité à sortir de la crise.

Les choix d’intégration

Nous, la France, nous sommes partie prenante de la zone euro en Europe.

Cette Europe est celle de l’Union européenne, dite « la Petite Europe » l’Europe économique, 27 Etats membres qui participent aussi à  la Grande Europe, celle définie par le Conseil de l’Europe, l’Europe des droits humains (47 Etats membres dont la Russie et la Turquie). A l’intérieur de l’UE, la zone euro comprend aujourd’hui 17 Etats membres. La Grèce y est entrée en 2001 et le Royaume-Uni membre de l’Union Européenne n’en fait pas partie.

Depuis le traité de Maastricht signé le 7 Février1992 et ratifié par référendum le 20 septembre de la même année, la politique économique et monétaire européenne , liée à un marché unique, a conduit à la création d’une monnaie unique ( 1999) Après trois années de période intermédiaire ’l’Euro a été mis en circulation en 2002 .

Pour faire partie de la zone Euro, les Etats s’obligent à respecter des critères de convergences notamment en ce qui concerne leur endettement, autrement dit leur dette souveraine

- le déficit budgétaire annuel (dépenses > recettes) ne doit pas dépasser 3% du PIB

- la dette publique (l’endettement public = cumul des déficits budgétaires) ne doit pas dépasser 60% du PIB.

La BCE , Banque Centrale Européenne, est chargée d’assurer la stabilité des prix et de superviser techniquement le coût de l’argent et contrer toute tendance inflationniste. Elle est dirigée par un français Jean Claude Trichet de 2003 à 2011, date à laquelle l’italien Mario Draghi prend le relais.

L’année 2002 est l’année de mise en circulation de l’Euro, en pièces et billets de banque, rendant visible pour tout le monde, la réalité de l’union monétaire européenne désormais acquise. En France, l’année 2002 marque aussi  le début du deuxième mandat de Jacques Chirac suivi de celui de N Sarkozy en 2007. En Allemagne, de l’autre côté du Rhin, 2002 c’est le lancement, pour la décennie qui suit, d’un programme de réformes radicales en vue  d’améliorer la compétitivité du pays par une réduction du coût du travail, un gel des salaires et un maintien de la qualité de son appareil productif. C’est “l’agenda 2010″ du plan Schröder, du nom du chancelier allemand qui l’a initié à l’époque. Lorsque la crise financière survient en 2008, parmi les Etats de la zone euro l’Allemagne présente une santé économique enviée avec un taux  de chômage et un endettement public réduit et une activité économique prospère  grâce à ses exportations, notamment celles réalisées en zone euro et sur le marché unique européen.

Tandis que l’Allemagne  résiste bien,  la crise financière  frappe de plein fouet les autres pays européens de la zone euro  qui souffrent  la fois de leur  l’endettement public aggravé du fait du sauvetage des banques, et des tendances récessionnistes aggravées par une crise qui dure.

L’adoption en 2009 de nouvelles règles de fonctionnement pour l’Union européenne avec le Traité de Lisbonne s’avère donc insuffisant puisque le nouveau traité TSCG proposé à la ratification en 2012 est censé le corriger. Avec la crise, c’est une Europe  ”austéritaire” qui voit le jour  avec la mise en œuvre de politiques d’austérité contraignantes en Europe n’ayant rien à voir avec le volontarisme qui présidait à la création de l’Euro et de la zone euro.

Le TSCG est en effet un traité européen de redressement de leurs  finances publiques par les Etats membres, une réponse européenne pour sauver l’Euro et éviter l’éclatement de la zone Euro, marquée par l’hégémonie allemande et le leadership de son modèle de développement inspiré par un libéralisme économique pur et dur. La réduction des dépenses publiques devient, par conséquent, le parangon  incontournable aux yeux des gouvernants européens soumis à la pression des marchés financiers.

Il s’agit là d’une orientation qui ne remet pas en cause le système institutionnel européen, ni sa légitimé à induire par la contrainte les politiques budgétaires et fiscales des Etats, en dehors d’un outil politique et démocratique satisfaisant comme le serait une banque fédérale ou un budget fédéral “classique”. Au lieu de cela, l’UE fait toujours plus de la même chose en pérennisant un système bancaire qui appelle au secours les Etats pour éviter la faillite et continue à leur faire payer des intérêts sur les dettes souveraines … comprenne qui pourra !



Analyse critique sous forme de comparaison métaphorique : l’euro comme le Titanic

Avant de m’essayer à la comparaison métaphorique,  commençons par dire que je crois toujours utile d’analyser les rapports de force pour rendre compte d’une situation comme l’a fait l’autre jour Olivier Dartigolles , le porte-parole du PCF qui déclarait dans l’Huma du 7 septembre 2012“ l’Europe est aujourd’hui le terrain d’affrontement le plus sévère entre les peuples et les marchés financiers”. Il est utile aussi de rappeler le point de vue du Front de Gauche selon lequel  il faut convaincre les français que le changement passe par une rupture avec l’industrie financière adossée au néolibéralisme économique ambiant. La crise dans laquelle l’Europe se débat, est la preuve que la Finance a démérité ainsi que  Bruxelles. Dans les pays nantis comme le nôtre, l’austérité est une aberration. Si la richesse est là, et on peut difficilement dire le contraire en termes de PIB tant européen que français l‘austérité devient une trahison pour le peuple qui pâtit.

Qui décide de l’austérité ? Comment peut-on accepter en Europe que le peuple grec  retombe dans la pauvreté et brade son pays au plus offrant ? Comment justifier l’austérité pour certains et pas pour d’autres ? Comment l’Allemagne est-elle arrivée à jouer le rôle de  leadership en Europe, et comment l’absence de  gouvernance économique a pu laisser se creuser  l’écart entre les pays de la zone euro, comment la monnaie unique qui protégeait est devenue un carcan, sauf pour l’Allemagne, comment se fait-il que le Royaume -Uni, tout en voulant continuer à faire des affaires dans la zone euro et l’union européenne, ne soit pas uni à la zone euro ? Comment en est-on arrivé là?

On pourrait essayer d’y répondre en utilisant une métaphore. En Europe on a mis à flot  à la façon du Titanic un bateau amiral, l’Euro : l’euro groupe est censé tenir la barre, et la zone euro est censée être une mer d’huile .Mais dans un océan de tempêtes que sont les soubresauts de l’économie mondiale et la dérégulation de la Finance, les icebergs n’ont pas tardé à se pointer, et le pétrole (l’argent) à manquer.

La montée à bord de la Grèce, qui sortait à peine de la pauvreté, l’a un peu enivrée de sorte qu’elle n’était, moins que quiconque préparée au gros temps.

En ce qui concerne l’Allemagne certains ont pu  expliquer que la stratégie de Schröder initiée en 2002 avait payé, d’autres mettent en avant que cette stratégie a couté à son promoteur sa réélection, ce qui tendrait à prouver  que la popote allemande avait eu du mal à cuire durant cette période plus particulièrement dure pour le travailleur. Quoiqu’il en soit,  le leadership économique de l’Allemagne en Europe est conforté par les marchés financiers qui lui assurent un cout de l’argent pour se financer, le plus faible par rapport à ses voisins (l’écart des taux appelé “spread” fixe l’échelle  de la capacité des Etats à rembourser leur dette. L’Allemagne exerce, grâce aux marchés, un étau financier  dont elle a de la peine à se défendre, ce qui explique la lutte d’influence actuelle entre la Banque centrale allemande la Bundesbank présidée par Jens Weidman et la BCE Banque centrale européenne de Mario Draghi . La politique monétaire de M Draghi qui consiste à sortir de l’orthodoxie et venir racheter de la dette souveraine d’Etats en difficultés ne conviendrait pas à la Bundesbank  ni à la City de Londres.

En ce qui concerne  le refus d’embarquer du Royaume Uni il convient d’y revenir. Pour les anglais, pas question de lâcher la monnaie nationale, la livre sterling ainsi que la possibilité de dévaluer, pas question de soumettre la puissance financière de la City de Londres, première place boursière d’Europe, à des contraintes européennes. Membre de l’Union Européenne, le Royaume -Uni, au nom de la concurrence libre et non faussée veut continuer  à travailler et à faire des affaires sur le marché unique européen et en zone euro en particulier, 65 % de  ses exportations en dépendent.  Pourtant ,  n’est-ce pas,  par le biais de la City que les produits financiers pourris de Wall Street ont inondé les Banques européennes, que ces dernières ont été en situation de banqueroute après la chute de Lehman Brothers, que le gouvernement britannique a réagi au quart de tour en nationalisant pour un temps ses banques contrairement aux pays de la zone euro qui ont tardé à trouver des solutions. La réputation de la City n’est pas usurpée forte de sa consanguinité avec Wall Street.

Bref  l’Europe est mal … parce que sa valeur d’Union est en chute.

Au bout du compte, après 10 ans de monnaie unique, on s’aperçoit qu’une union monétaire requiert une union bancaire et au-delà une union budgétaire et fiscale, ainsi qu’une gouvernance économique pour faire en sorte que les économies européennes de la zone euro convergent et non l’inverse.

Il paraîtrait qu’on n’a pas vu la crise arriver ( comme le Iceberg qui éventra le Titanic), il paraîtrait même, si l’on en croit Jean Arthuis, centriste de droite, éminence grise de la tendance fédéraliste (voir l’interview 7/09/2012 ICI  ”l’UE doit se donner une gouvernance fédérale”),  que “les agences de notation, (centres névralgiques des marchés financiers,) “ont longtemps cru que la zone euro était un espace fédéral”. Comment ignorer que le statut de la Banque centrale européenne  n’est pas celui d’une instance fédérale comme   la FED, la banque centrale américaine qui a une double mission dans la tempête, la stabilité des prix et la relance de l’économie ?  Balivernes d’homme politique. Il aurait été plus sérieux de dire que les agences de notation, toutes anglo-saxonnes, font la pluie et le beau temps en Europe et que leur expertise est plus que suspecte.

Non,  M Arthuis, votre idée messianique bornée de l’intégration européenne vous conduit à accepter une Europe austéritaire avec l’obligation de soumettre les budgets nationaux à la tutelle européenne et  vous empêche ( à l’insu ou non de votre plein gré)  de voir que les marchés financiers ont agressé  les peuples souverains européens en exploitant les défaillances du mécanisme de la monnaie unique, et cela curieusement à un moment où  l’Euro tendait à devenir une monnaie de réserve concurrentielle du dollar  et que l’on pouvait croire que l’Europe avait gagné  son pari.

Avec la ratification du traité “Merkozy”, d’inspiration allemande et néolibérale, l’axe Berlin Paris va vraisemblablement disparaître, au profit d’une Europe austéritaire bruxelloise où la France va se retrouver seule devant ses difficultés.

Qu’a fait la droite pendant les premières années d’existence, pourtant essentielles,  de la zone euro,  de 2002, date de la mise en circulation de l’Euro à 2008, avant la faillite de Lehman Brothers et le déclenchement de la crise ? Pendant cette période (chiffres source LM 11/09/2012 G Courtois) le déficit budgétaire est passé de 3,1 % du PIB à 3,3% : aucune amélioration. La dette publique est passée de 892 milliards d’euros (mai 2002) à 1272 milliards d’euros : aucune amélioration mais une aggravation de 42 % en 6 ans. Sur le front de l’emploi le niveau de chômage reste identique autour de 2 millions de chômeurs: aucune amélioration avant que la crise ne le fasse exploser, le nombre de chômeurs ayant dépassé aujourd’hui la barre des 3 millions et atteint le taux de 10 %%. Sur le front de la compétitivité des entreprises, les comptes extérieurs (commerce extérieur) passe d’un excédent en 2002 (exportations >importations) de 3 milliards d’euros à un déficit en 2007 (exportations < importations) de ‘42 milliards et la crise ne fera que creuser le déficit jusqu’à 70 Milliards d’euros pour l’exercice 2011

En résumé, la France présente aujourd’hui un ratio dette/PIB  à la limite de la barrière des 90% estimée par tous les économistes comme dangereuse et porteuse de récession, et une dégradation de la production sur le sol français et une croissance en berne proche de la récession. Cette situation n’est pas de nature à générer des recettes fiscales.

Avec le traité Merkozy, Mme Merkel voudrait imposer aux Etats la règle d’or de l’équilibre budgétaire et interdire des dépassements non plus à hauteur de 3% (que Paris et Berlin n’avaient pas eux-mêmes respecté avant la survenance de la crise) mais à hauteur de 0,5 %.

Le Front de Gauche fait valoir l’avis des plus éminents spécialistes comme le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz pour considérer que  ces politiques d’austérité seront  contre-productives et mettront le pays en danger : la priorité doit porter sur l’emploi et donc la relance de l’activité économie recentrée sur la transformation écologique nécessaire de l’appareil productif. Compte tenu des grands maux à redouter pour les populations d’une récession économique, à commencer pour les plus démunis (et ils sont 8 millions en France à vivre en dessous du seuil de pauvreté) la relance de l’activité ne relève pas de la génération spontanée. Le ralentissement de l’activité peut conduire à la déflation qui n’est pas moins dangereuse que l’inflation. L’Allemagne a choisi de lutter coute que coute contre l’inflation, un choix qu’impose son leadership dans une économie libérale qui protège davantage la rente et le capital que le travail. La ratification du TSCG est au cœur de ces enjeux qui engagent la société toute entière.

La France est mal …mais surtout elle n’est plus libre et le sera encore moins avec l’adoption du traité budgétaire européen qui impose l’austérité au monde du travail, aux salariés et aux catégories les plus défavorisées qui en pâtiront de  façon la plus cuisante.

Osons la liberté, c’est le seul cri du peuple qui soit légitime en période de crise, un peuple qui peut accepter les sacrifices à condition de l’impliquer dans le redressement du pays et lui redonner la fierté de maîtriser son destin. Osons le référendum.

 

Christian Naninni

07:45 Publié dans EUROPE | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Les commentaires sont fermés.