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05/06/2012

Intervention sur l'Agriculture - meeting de Bagnols le 1er juin

Le salon de l’agriculture permettait de renouveler ce moment fusionnel entre « gens des villes » et paysans. Et bien sur un certain nombre de candidats à l’élection présidentielle y ont une nouvelle fois flatté la France paysanne qui alimente l’imaginaire collectif. Au cours des dix dernières années pourtant, dans leur majorité, les mêmes prétendants n’auront eu de cesse d’accompagner, voire d’encourager, les politiques de libéralisation du secteur agricole à tous les niveaux.

 

 Mais les chiffres sont têtus et parlent d’eux-mêmes. Quand  deux exploitants partent à la retraite, un seul s’installe. Ce déséquilibre démographique perdure depuis des années, et il explique en partie pourquoi l’agriculture française a encore perdu un quart de ses exploitations entre 2000 et 2010.    26 % pour être précis et l’emploi agricole quand à lui a diminué de 22 %. Notre pays compte désormais moins de 500 000 exploitations professionnelles.

 

Et ce sont évidemment les petites et moyennes structures, les exploitations familiales, qui ont payé le plus lourd tribut de cette politique, alors que le nombre de très grandes exploitations s’est accru. C’est d’abord la réalité humaine de l’agriculture française qui est touchée au cœur : cette réalité que les visiteurs du salon précédemment cité aiment embrasser le temps d’une journée.  

 

Cette réalité trop peu présente dans le « petit livre rouge » du Front de gauche.  On y parle cependant de la souveraineté alimentaire ainsi que de l’agriculture paysanne. Quel joli mot que celui la : paysan. Pourtant, si galvaudé, si ridiculement sali quand  familièrement il devient cul- terreux ou bouseux. Mais empreint de délicate pudeur lorsque  féminisé il est associé a la sagesse, « la vieille sagesse paysanne »

 


Concernant la souveraineté alimentaire l’extrême concentration du nombre d’exploitations sur le territoire national doit nous faire réfléchir collectivement sur l’avenir du tissu rural français. Cette situation inquiétante doit nous conduire à anticiper sur notre capacité, dans les décennies à venir, à redonner aux campagnes de France leur vocation première : nourrir les hommes, de façon saine et responsable.

 Les Français veulent une agriculture diversifiée, de qualité, à dimension humaine et responsable écologiquement. Ils sentent bien pourtant que cette France agricole qu’ils désirent, est aux antipodes de la pente dominante qui pousse l’agriculture française et européenne vers l’agro industrie, l’hyperspécialisation, la compétition et la dépendance aux injonctions du marché mondial.

L’agriculture de nos pères a vécu, ses valeurs perdurent cependant et si la France n’est plus majoritairement rurale elle conserve ses ancrages dans le terroir, dans la famille, dans l’humain, d’abord. 

 Il faut dés maintenant sortir l’agriculture, encore à taille humaine, de l’étau qui la condamne arbitrairement a une mort programmée. Il nous faut construire un nouveau pacte agricole en associant les paysans, les salariés du secteur agricole et les consommateurs-citoyens. Ce pacte fondateur sera la condition d’une nouvelle politique agricole commune, a charge pour lui de se donner les moyens d’un renouveau agronomique et alimentaire, mais aussi écologique et social.

L’écologie n’est d’ailleurs pas la seule alternative à l’agriculture productiviste d’après guerre que nous subissons encore de nos jours

D’autres chemins existent qui mènent vers une agriculture paysanne respectant l’Homme et soucieuse de l’environnement.

Depuis 50 ans, l’agriculture est l’un des secteurs où la productivité par ha  et par unité de travail a le plus augmenté, au détriment  de l’environnement et du nombre de paysans. Les paysans restant en ont peu bénéficié : c’est l’aval (l’industrie, la distribution) qui a accaparé, grâce aux baisses des prix agricoles, ces gains de productivité.

 

Aujourd’hui, ce moteur productiviste est en panne : par exemple, les rendements des zones céréalières intensives ont tendance à baisser sur des sols épuisés, ayant perdu leur matière organique.

Ne nous y trompons pas, la nouvelle vague de productivisme qu’on nous propose, teintée de vert, est là pour relancer le moteur au dépend de l’agriculture paysanne.

Donner la priorité à l’augmentation de la productivité dans le souci de produire moins cher pour être plus compétitif sur le marché mondial est une erreur.

Demander plus de transport, plus d’export/import, cela n’est plus crédible : l’heure est à la relocalisation et à la sobriété énergétique, pourvoyeuse d’emplois.

 Sur cette voie d’avenir, l’engagement du front de Gauche, devrait permettre à la PAC de ne pas servir de première variable d’ajustement européen à la crise du capitalisme mondialisé. Mais il faut aussi l’affirmer clairement, on ne peut vouloir maintenir d’un côté un budget de la PAC ambitieux à Bruxelles, et continuer de ne rien vouloir changer sur la répartition des subventions accordées au niveau national. La PAC ne peut plus être « un tiroir-caisse pour certains » et « une aumône pour les autres », comme l’affirmait récemment un syndicaliste paysan.

Ce n’est pas l’Europe qui doit nourrir le monde, mais le monde qui doit se nourrir.

Il est nécessaire de rappeler que l’agriculture mondiale produit aujourd’hui pour prés de 8 milliards de personnes, bien au-delà des besoins (mais environ 1/3 est gaspillé au nord, 1/3 est perdu après la récolte au sud, et 1 milliard d’humains sur 6 ne mange pas à sa faim). La priorité est donc de résoudre les problèmes du gaspillage alimentaire, des pertes après récolte et de mettre en œuvre le droit à l’alimentation, avant de vouloir produire plus en Europe.

 Un chiffre bien français quand à lui : 30 %.  C’est le chiffre qu’avancent certains organismes de sondage, 30 % des produits achetés ne seraient pas consommés mais mis à la poubelle, alors que des milliers de personnes pointent aux Restos du Cœur. De quoi faire réfléchir.

Pour que le monde se nourrisse et se nourrisse mieux, il faut aussi innover dans de nouvelles règles du commerce international agricole, car les règles actuelles laissent se perpétuer le dumping et l’accaparement des terres, ruinant les capacités productives de nombreuses communautés rurales au sud.

Pour finir un mot sur les retraites agricoles et leurs récipiendaires : les agriculteurs  retraités.

Ont-ils seulement le droit de survivre ces retraités de l’agriculture? C’est à cette question qu’il nous faut répondre. Car les anciens agriculteurs et leurs familles, figurent parmi les plus faibles niveaux de vie nationaux. Tout le monde le sait, tout le monde s’en émeut l’espace de la période électorale… pour s’en désintéresser lamentablement quelques mois plus tard. Le diagnostic, partagé, est on ne peut plus clair : le niveau moyen des retraites paysannes est aujourd’hui de 400 € par mois, très en dessous des 959 € du seuil de pauvreté.

 Derrière les visages de nos anciens, leur attention pour les mots de réconfort, il y a une réelle souffrance, celle de continuer à vivre, avec les difficultés de l’âge dans une pauvreté de plus en plus pesante et l’angoisse de la dépendance aux enfants, amplifiée par la perspective de financer la maison de retraite.

 

Cette injustice, rendue invisible par une société où l’humain est rejeté, cette injustice cachée par dignité par ceux qui ont servi toute leur vie à nourrir le pays, ne vous y trompez pas elle est bien là, présente, pressante, oppressante. 

Face à tant d’injustices, pour nos aînés, il faut des réponses claires. Oui, nous devons leur assurer dès demain une vie meilleure avec une retraite qui ne soit pas inférieure à 85 % du SMIC. Cette mesure, c’est une simple exigence d’humanité. Ce doit être une exigence incontournable d’une société qui place l’humain d’abord.

Le temps m’est compté il faut que j’en termine. J’aurais aimé vous parler de :

Développement durable, de la défense des terres fertiles.

Le développement quoiqu’on en dise, reste le problème clé des pays en voie de développement, en Europe et ailleurs, l’aspect durable restant la pierre d’achoppement des pays développés.

La défense des terres fertiles est  d’une importance capitale à l’heure ou tous les dix ans environ la valeur d’un département français quitte la ruralité fertile pour servir les zones d’habitation et industrielle ainsi que les emprises d’infrastructures logistique routières ou autres.

Apres avoir sorti Sarkozy et porté François Hollande à la présidence, il faut maintenant se donner les outils et les  moyens humains  pour que la gauche réussisse, et que la ruralité reprenne sa vraie place dans notre société.

Il nous faudra faire des choix :

Agro-écologie ou agro carburants ?

Agriculture paysanne ou intensification durable ?

Semences paysanne ou semences OGM ?

Pâturages ou usine à lait ?

Innovation sociale ou disparition paysanne ?

 

Etc... etc

 

Il nous faut créer le rapport des forces indispensable pour que la gauche de demain change vraiment la vie. Changer la vie : là est le véritable rempart aux démagogies et aux politiques de division.

Pierre André

21:22 Publié dans AGRICULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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