Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

22/05/2012

Lettre ouverte du Parti de Gauche à Monsieur le ministre de l’Intérieur

pichon6042-604x417.jpg

Philippe Pichon doit être réintégré dans la police nationale !

A l’heure du changement proclamé par le gouvernement auquel vous appartenez, il faut solder d’urgence les comptes du sarkozysme et mettre fin aux injustices que l’ancienne majorité a fait subir à nombre de nos concitoyennes et concitoyens, particulièrement à des fonctionnaires qui ont payé de manière particulièrement brutale l’expression publique de critiques sur la politique menée ces dix dernières années. Le cas de Philippe Pichon, commandant de police, mis à la retraite d’office à 39 ans, est singulièrement emblématique.


Dès 2005-2006, Philippe Pichon émet des critiques sur la politique du chiffre, aujourd’hui décriée par des milliers de fonctionnaires de police et sur le fonctionnement du STIC, fichier de police tentaculaire (35 millions de fiches y sont recensées), truffé d’erreurs, à la légalité très contestable et bien souvent dévoyé, ainsi qu’une récente affaire révélée par « Le Canard Enchaîné » concernant l’utilisation de ce fichier par la société IKEA a pu l’illustrer. Avant même la parution de son livre qui sortira en mars 2007 sous le titre « Journal d’un flic », Nicolas Sarkozy est alerté par le directeur général de la police nationale sur l’existence de « passages hostiles à Monsieur le ministre de l’Intérieur » dans cet ouvrage encore à l’état de manuscrit. La réponse du ministre d’alors est stupéfiante : « Il n’est pas question d’envisager une médiation avec ce fonctionnaire ». Vexations et harcèlement vont alors pleuvoir sur Philippe Pichon. Il alerte le Parquet de Meaux sur les dysfonctionnements du fichier STIC, le procureur de la République enjoint le chef de service de Coulommiers de mettre le STIC en conformité avec la loi. En vain. En octobre 2008, le journal « Bakchich info » publie les fiches STIC de Johnny Hallyday et Jamel Debbouze, avec l’accord des intéressés. Mis en examen en décembre 2008 pour « violation de secret professionnel », Philippe Pichon avait revendiqué cette transmission à la presse comme un acte militant, avant de publier une enquête très sérieuse en octobre 2010 sous le titre : « Fichier STIC. Une mémoire policière sale », co-rédigée avec le sociologue Frédéric Ocqueteau, directeur de recherches au CNRS.

Dans cette affaire, le ministère de l’Intérieur est manifestement mû par une vindicte toute particulière à l’égard de Philippe Pichon, partiellement privé de traitement depuis décembre 2008 et totalement depuis décembre 2011! L’injustice dont il a été victime a été d’ailleurs en partie sanctionnée par la justice qui a annulé en décembre 2011 la mutation-sanction dont il avait fait l’objet de Coulommiers à Meaux en mai 2008. Sa mise à la retraite d’office a en revanche été confirmée par le tribunal administratif de Melun, malgré une motivation lui donnant acte du bien-fondé de son combat militant: « Il est constant que le fichier STIC, qui concerne environ la moitié de la population française, comporte un nombre d’erreurs d’autant moins acceptables qu’elles sont susceptibles d’entraîner de graves conséquences pour les personnes concernées, au risque d’attenter aux libertés fondamentales, et que l’administration s’est affranchie depuis de nombreuses années des règles de gestion de ce fichier, notamment celles relatives à l’effacement des données, ceci sans qu’aucune mesure ne soit prise par les autorités concernées». La juridiction souligne aussi : « le caractère illicite des actes auxquels M. PICHON a été confronté, à Coulommiers et à Meaux (…) et les graves déficiences dans la manière de servir de ses supérieurs hiérarchiques directs ». Un recours a été formé devant la Cour administrative d’appel contre cette décision. Cerise sur le gâteau : alors que Philippe Pichon a déposé, dès le 24 juin 2011 une plainte avec constitution de partie civile contre X pour harcèlement moral et discrimination à raison de ses opinions politiques sans que celle-ci ait encore abouti, Claude Guéant a, le jour même de la cessation de ses fonctions, déposé plainte contre lui au nom du ministère de l’intérieur en lui réclamant… 4 000 euros de dommages-intérêts !

Tous ces éléments démontrent que Philippe Pichon a fait l’objet d’une sanction totalement disproportionnée aux actes qui lui sont reprochés, surtout si l’on relève que le chef de la DCRI Bernard Squarcini et le directeur général de la police nationale Frédéric Péchenard, tous deux mis en examen depuis plusieurs mois dans une autre affaire mettant en cause leurs méthodes professionnelles ont eux conservé leurs éminentes fonctions.

En outre, comme l’a indiqué Maître William Bourdon, avocat de Philippe Pichon, il semblerait que l’ancienne majorité lui ait reproché une faute impardonnable à leurs yeux : « penser » et user de sa liberté d’expression et de critique. Liberté, faut-il le rappeler, consacrée comme essentielle, tant par nos textes nationaux que par la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme.

La pénalisation du militantisme syndical et politique fut l’apanage de l’ancienne majorité. Philippe Pichon, comme des centaines d’autres militants courageux, à l’image de Xavier Mathieu, en a été la victime.

Un gouvernement se juge d’abord aux premiers actes courageux et symboliques qu’il pose. Vous honoreriez, Monsieur le ministre, l’institution policière et la République en réintégrant sans délai Philippe Pichon dans ses fonctions, sans attendre les échéances judiciaires, afin de faire cesser le calvaire et le harcèlement administratif subis par ce serviteur de la loi et des principes de la République, toujours très bien noté depuis le début de sa carrière.

Veuillez croire, Monsieur le ministre en l’expression de nos salutations républicaines.

Pour le Parti de Gauche, Hélène Franco, présidente de la commission « Justice et Libertés »

 

06:47 Publié dans COMMUNIQUE, SOLIDARITE | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Les commentaires sont fermés.