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05/04/2012

L’Ancien régime contre la Révolution citoyenne

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Le 22 avril, au-delà des hommes, ce sont des programmes qu’il faudra départager. Tour d’horizon.

Les 4 daltons de l’austérité

C’est la grande question de la période. Dans toute l’Europe, le chômage augmente et la récession s’installe, conséquences des plans d’austérité. Il y a urgence à changer de logique et à s’engager sur la voie de la relance sociale et écologique. C’est ce que seul le Front de Gauche propose avec une stratégie : partager les richesses et donner un horizon nouveau à l’appareil productif par la planification écologique.

Les autres candidats, à des degrés divers, veulent persévérer dans l’austérité. M. Sarkozy, déjà responsable de trois plans d’austérité et du plus grand plan social du pays (150 000 suppressions de postes de fonctionnaires) veut aller plus loin. Il exige que les collectivités locales appliquent aussi la saignée avec 40 000 suppressions de postes ! M. Bayrou veut un plan d’austérité de 100 milliards d’euros dont une hausse de 2 points de la TVA. Mme Le Pen, quant à elle, prévoit de rembourser les banques rubis sur l’ongle de la moitié de la dette d’ici 2025 sans poser la question de la légitimité de cette dette.


M. Hollande refuse de rompre avec cette logique. Il veut réduire le déficit public à 3% du PIB dès 2013 et revenir à l’équilibre budgétaire en 2017. Et il a déjà indiqué que « le nombre de fonctionnaires de l’Etat n’augmentera pas » s’il est élu. Il valide donc les destructions de M. Sarkozy et prévoit de supprimer de nouveaux postes dans certains ministères pour compenser ceux qui seraient créés dans l’Education.

Changer l’Europe ?

L’austérité est conforme aux exigences de la Commission européenne et des nouveaux traités sur la discipline budgétaire. Tous les candidats affirment vouloir « changer l’Europe » mais aucun n’y pense sérieusement. Pour preuve, c’est M. Sarkozy lui-même qui a signé les traités TSCG et MES qui institutionnalisent l’austérité de façon autoritaire.

M. Hollande dit vouloir renégocier le TSCG. Mais il ne fait rien pour : les parlementaires PS ont laissé passer le MES au Parlement au lieu de voter contre. Or, celui qui ratifie le MES s’engage à ratifier le TSCG. Et comment pourrait-on le croire lorsqu’il critique l’austérité ? Il, vient de s’afficher à Paris, le 17 mars, avec le secrétaire du PD italien qui vient de voter le plan d’austérité de Mario Monti et le premier ministre belge qui a signé le TSCG et imposé un plan d’austérité dans son pays !

Mme Le Pen essaie de jouer de cette situation. Mais elle propose aussi l’austérité. La seule différence c’est qu’elle se ferait dans le cadre national, par une compétition féroce avec les pays voisins qui produirait un alignement par le bas des droits sociaux. Elle ne croit pas en la France et pense que notre pays n’est pas assez puissant en Europe pour pouvoir changer les règles du jeu. Elle propose donc de laisser l’Europe aux conservateurs allemands.

A l’inverse, le Front de Gauche propose un programme offensif et cohérent. Offensif car il faut mener le combat au sein de l’UE pour changer les choses (fin de l’indépendance de la BCE, du libre-échange généralisé, de la casse des services publics). Cohérent car il affirme clairement que tant que l’UE n’aura pas changé, il se réserve le droit de ne pas appliquer certaines directives et de prendre des mesures nationales, par exemple en mobilisant la Banque de France.

L’extrême droitisation de l’UMP

Fiscalité : UMP-FN, leurs amis les riches

Ni l’UMP, ni le FN ne veulent d’affrontement avec l’Europe libérale ou la finance. Ils n’en veulent pas plus avec les riches. L’UMP, adepte du bouclier fiscal, n’a pas l’intention d’augmenter leurs impôts. Quant au FN, il affirme vouloir « alléger les impôts » et propose seulement de porter la tranche marginale de l’impôt sur le revenu de 41% à 46%. Pas de quoi fouetter un chat.

M. Hollande a pour sa part improvisé une mesure plus offensive avec la taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d’euros par an. Jusqu’ici, il proposait moins que la situation sous M. Villepin. C’est donc un progrès. Mais sa proposition n’est pas assez travaillée. Elle crée un effet de seuil immense entre les deux dernières tranches et elle ne répond pas à ceux qui craignent de voir les riches fuir hors de France. Le Front de Gauche lui a tout prévu avec 14 tranches d’impôts et la taxation différentielle qui rétablit l’égalité devant l’impôt des exilés fiscaux.

Le programme conjoint UMP-FN

L’extrême-droitisation de l’UMP poursuit son chemin : l’UMP et le FN présentent sur bien des points des propositions semblables. Par exemple, en matière scolaire, Sarkozy et Le Pen défendent l’apprentissage à 14 ans et l’autonomie des établissements scolaires, c’est-à-dire leur mise en concurrence. Autre exemple, l’UMP et le FN proposent des mesures très proches pour restreindre ou supprimer l’Aide Médicale d’Etat aux sans-papiers ou instaurer une sorte de préférence nationale dans l’accès au RSA.

La convergence est totale sur les salaires dont Le Pen et Sarkozy refusent toute hausse. Ils proposent un même mécanisme : exonérer de cotisations sociales salariales les petits salaires pour augmenter le salaire net sans augmenter le salaire brut. Les entreprises ne payeront pas un centime de plus. C’est « donne moi ta montre et je te dirai l’heure ». Face à cette arnaque, Hollande ne propose qu’une vague « conférence » et « un changement du mode de calcul du SMIC ». On est loin du compte. Seul le Front de Gauche affirme l’urgence d’une hausse des salaires et notamment du SMIC.

Démocratie : attention danger

Mme Le Pen et M. Sarkozy se retrouvent aussi sur l’aspiration à un pouvoir autoritaire mettant en relation directe un chef et « son » peuple. En critiquant les « corps intermédiaires » qui déposséderaient le peuple de sa souveraineté, les deux visent toujours le même adversaire : les syndicats. Ils rêvent d’une France où les patrons auraient les mains libres.

Le Front de Gauche veut au contraire étendre la démocratie sociale avec des droits nouveaux pour les salariés. Entre le patronat et les salariés, c’est la loi qui protège et le contrat qui opprime. C’est pourquoi nous voulons réinstaurer la hiérarchie des normes et le principe de faveur (un accord d’entreprise ou de branche ne pourra déroger à la loi que s’il est plus favorable aux salariés). Sur ce point, la vision de M. Hollande est une grave menace pour les travailleurs. Le candidat du PS veut étendre le champ de la négociation entre syndicats et patronat et même « lier juridiquement » le Parlement au résultat de cette négociation. Ce serait la fin de l’Etat social républicain.

Ecologie : le pire est certain

C’est le sujet dont personne ne parle à part le Front de Gauche. On se souvient de M. Sarkozy déclarant que « l’écologie, ça commence à bien faire ». Aujourd’hui, le gouvernement ne compte même plus de ministre de l’Ecologie depuis que Mme Kosciusko-Morizet est porte-parole du candidat-président.

Pour Mme Le Pen, les graves problèmes écologiques sont le trafic routier qui traverse la France vers le Maghreb et la souffrance animale due à l’abattage hallal. C’est ce qu’elle a affirmé sans rire à Lille, le 17 février dernier. En somme, pour elle, l’écologie comme le reste est un prétexte à dire du mal des arabes.

Enfin, le PS et EELV sont encalminés dans un accord politicien renié depuis par M. Hollande. Les Verts ont tout abandonné et se sont contentés de la fermeture d’une centrale nucléaire en cas de victoire de Hollande en échange de nombreuses circonscriptions. Ce n’est pas une manière très moderne de faire de la politique et ce n’est sûrement pas la bonne façon de faire avancer les idées écologistes…

En conséquence, le Front de Gauche se retrouve seul à défendre une vision ambitieuse de la transition écologique : sortie des énergies carbonées et référendum sur le nucléaire, visas écologiques aux frontières et relocalisation des productions...

Bref, en matière écologique comme dans les autres domaines, le choix est clair. Il est entre les vieilles propositions réactionnaires de l’UMP et du FN, et l’audace du Front de Gauche. Il est entre les partisans de l’Ancien Régime et la Révolution citoyenne.

Matthias Tavel

11:42 Publié dans ARGUMENTAIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

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